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Pourquoi les manoirs du pays d’Auge sont en bois

Les manoirs du pays d’Auge sont en bois parce que le pays repose sur une épaisse couche d’argile, et que le calcaire facile à tailler se trouve plus à l’ouest, dans la plaine de Caen. Le bois et la terre étaient sur place, donc moins chers. Les bâtisseurs ont monté une ossature de chêne, l’ont posée sur un muret de silex et ont rempli les vides de terre ou de terre cuite.

Pourquoi les manoirs du pays d’Auge sont-ils à colombages ?

La carte des matériaux suit celle du sous-sol. Dans le Bessin et dans les plaines de Caen et de Falaise, le calcaire affleure : on y bâtit en pierre, et le pan de bois y reste rare. Dans le pays d’Auge, l’assise est argileuse, recouverte de calcaires du Crétacé. La pierre qu’on y emploie le plus couramment est le silex, dur et difficile à tailler.

Le chêne fournit donc la structure, l’argile le remplissage. La technique n’est pas réservée aux fermes : les manoirs seigneuriaux des XVe et XVIe siècles, comme celui de Coupesarte, relèvent de la même technique que les maisons de bourg.

À quoi sert le muret de pierre sous le colombage ?

Aucune pièce de bois ne touche le sol. L’ossature repose sur un soubassement maçonné, le solin, qui la protège de l’humidité remontant de la terre et rattrape la pente du terrain. Dans le Calvados, ce muret mesure le plus souvent entre 0,60 et 1,20 m de haut. En dessous de 0,40 m, la protection était trop faible pour que la maison parvienne jusqu’à nous.

En pays d’Auge, le solin est fréquemment en silex : la pierre se taille mal, mais elle arrête très bien l’humidité. Le calcaire, plus facile à travailler, est aussi plus poreux. Sur les manoirs, il arrive que tout le rez-de-chaussée soit en pierre ou en brique. L’usage est né en ville, où le bas des maisons servait de boutique, puis les propriétaires ruraux aisés l’ont repris.

Comment tient un pan de bois ?

L’ossature est un jeu de cadres. Les pièces horizontales, les sablières, marquent chaque niveau. Les pièces verticales sont les poteaux ; ceux qui garnissent l’intervalle s’appellent des colombes, d’où le mot colombage. Des pièces obliques, les écharpes, empêchent l’ensemble de se coucher. Assemblées deux à deux, elles dessinent les croix de Saint-André, qui ne sont donc pas un simple décor. Le tout s’emboîte par tenons et mortaises, bloqués par des chevilles de bois.

Torchis ou tuileaux : avec quoi sont remplis les murs ?

Le remplissage ordinaire est le torchis : un mortier de terre argileuse et de paille, appliqué sur des lattes glissées entre les poteaux, puis recouvert d’un enduit. C’est le remplissage économique, et de loin le plus fréquent.

Pays d'AugeTrois manoirs à pans de bois à vingt minutes au plus de Lisieux

Les propriétaires plus fortunés lui préféraient le tuileau, une fine plaque de terre cuite, récupérée sur une toiture ou fabriquée exprès, que l’on dispose de manière à former des dessins. La plupart étaient à l’origine vernissées de couleurs vives : les façades n’avaient pas l’aspect qu’on leur connaît aujourd’hui. Le logis et le colombier du manoir de Bellou sont remplis de tuileaux.

Lire une façade en trois coups d’œilLe bas : silex, pierre ou brique, sur 60 cm à plus d’un mètre. Le milieu : poteaux, écharpes en biais, croix de Saint-André. Entre les bois : enduit clair du torchis, ou rouge de la brique et du tuileau.

Pourquoi les étages avancent-ils au-dessus du vide ?

Les façades du Moyen Âge présentent des étages en débord : c’est l’encorbellement. Chaque niveau est monté avec des bois courts, un poteau par étage, et repose sur sa propre sablière. L’avancée fait gagner de la surface en hauteur et abrite de la pluie le niveau du dessous. En ville, elle finit par être proscrite : Rouen l’interdit dès 1520, au motif de faire circuler l’air contre la peste. À Coupesarte, ce sont les trois tourelles d’angle qui sont portées en encorbellement au-dessus des douves.

Aucune pièce de bois ne touche le sol : tout le manoir est posé sur un muret de silex.

Et le damier de Saint-Germain-de-Livet ?

Saint-Germain-de-Livet : le pan de bois et le damier côte à côte
Saint-Germain-de-Livet : le pan de bois et le damier côte à côte

Le château de Saint-Germain-de-Livet montre les deux manières sur la même île. Le manoir de 1462 est en pans de bois. L’aile ajoutée vers 1584 abandonne le bois pour un damier de pierre blanche et de briques vernissées. L’association de la pierre de taille avec la brique ou le silex, qui permet ces motifs, coûtait moins cher qu’un mur entièrement en pierre de taille.

Le bois n’a pas toujours été montré. Au XVIIIe siècle, le colombage passe de mode et bien des façades sont recouvertes de plâtre, pour limiter le risque d’incendie et imiter la pierre. Les pignons exposés à la pluie reçoivent un essentage, un bardage d’ardoises ou de bois. À Lisieux même, des rues entières étaient bâties ainsi jusqu’en 1944 : c’est l’histoire de la ville aux maisons de bois.

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